Passion Japon : Joranne et les objets japonais

Pour ce nouveau rendez-vous Passion Japon, j’ai proposé à mon amie Joranne de se joindre à moi. Depuis quelques années maintenant, comme le sous-entend le titre, elle est passionnée par les objets japonais, leurs origines, leurs significations et tout ce qui tourne tout d’eux. Elle partage cela principalement sur son blog et c’est toujours très intéressant, même moi qui habite au Japon, je n’en connais pas autant. Grâce à elle, j’en ai appris davantage sur certains objets que j’ai chez moi et depuis je les vois autrement que juste de jolis souvenirs déco.

***

Tout d’abord, pourrais-tu te présenter ?
Je m’appelle Joranne, je suis graphiste et illustratrice. J’habite en France. Mon passe-temps préféré, hormis regarder des films au fin fond de mon canapé, c’est comprendre toujours un peu plus la culture japonaise en passant des heures à procrastiner sur internet. J’aime aussi mettre des p’tites étoiles sur ma carte Google Map de lieux que je souhaiterais aller voir un jour. Et enfin, j’adore chiner des vieux appareils photos et bricoler des pellicules, pour avoir au final des photos souvent moches et floues.

Dans le même registre de Qui de l’oeuf ou de la poule, qui du Japon ou des objets japonais a fait irruption dans ta vie en premier ?
Le Japon via les manga et les anime (aucune originalité), mais petit à petit j’ai fini par remarquer les objets présents en arrière plan et à m’y intéresser de plus en plus.

Quand es-tu venue au Japon pour la première fois et pour quelle raison ? Quel souvenir en gardes-tu ?
J’avais une amie qui faisait des études à Tokyo et s’était installée en collocation. C’était un plan idéal pour squatter. Je suis partie avec deux copines, c’était en 2009. Je garde un très bon souvenir de ce voyage. Le premier voyage au Japon c’est très souvent le séjour « lune de miel », on est innocent, tout nous émerveille et nous épate. En plus on avait pu partir 1 mois au printemps. Il faisait beau, on a vu énormément de choses, c’était l’idéal pour une première fois.

Comment est née cette passion pour les objets japonais ?
C’était au départ des objets que je voyais dans le coin d’une case de manga, ou dans l’arrière plan d’un anime. Petit à petit j’ai été fascinée d’apprendre que le Japon avait autant d’objets usuels qui lui était propre, et qu’on ne retrouvait pas forcément ailleurs (ex : katori-buta, kotasu, noren…)
Après ce qui m’a conquise c’est toute la signification qu’il y avait derrière ces objets. Peu d’entre eux sont juste là pour faire joli, il y a toujours une histoire, une signification derrière. Comme je suis très fan de légendes j’aime beaucoup découvrir qu’un petit objet tout simple en papier mâché porte tant de sens en lui.
Et ce qui a fini de me conquérir ce sont les Kyōdo omocha ou Kyōdo gangu, des objets ou des jouets traditionnels. Ils appartiennent à des régions spécifiques du Japon et on ne les trouve pas partout. Ils sont très liés à l’histoire et à la culture de leur région, ainsi que les matériaux utilisés pour leur fabrication. Eux sont souvent beaucoup moins connus, même par les japonais eux même.

Aka-beko

Ceux qui te suivent depuis longtemps savent que ton objet préféré est le Inu Hariko, mais pourquoi lui ? As-tu un autre favori ?
Parce qu’au début comme beaucoup de gens je pensais que c’était un chat et j’adore les chats (hahaha, mais non c’est un chien). Après je les aime beaucoup car ils sont souvent très colorés avec de beaux dessins. J’aime leurs grandes moustaches et leur côté un peu bouboule. Enfin quand j’ai appris qu’ils protégeaient les femmes et les enfants, je les ai trouvés encore plus adorables.

Inu-hariko

Ils sont assez peu connus, mais leur côté mignon leur assure quand même un petit succès. J’ai par exemple arrêté d’en apporter dans les salons ou les conventions parce qu’il y a toujours des gens qui insistent pour me les acheter.
Mais depuis quelque temps je me suis prise de passion pour les chaguchagu umako, ce sont des petits chevaux en bois ou en papier mâché originaires de la préfecture d’Iwate. Ils sont liés à un festival du même nom qui a lieu en juin, où des chevaux habillés de couleurs vives vont d’un sanctuaire à un autre. Les chaguchagu umako sont pareils, ils sont très colorés, avec des rubans et des clochettes.

chaguchagu umako

Récemment tu as sorti un livre sur les objets japonais, encore félicitation d’ailleurs, comment tout cela s’est mis en place ? 
Ça faisait quelques années que j’y pensais. Mais je souhaitais passer par un éditeur car je voulais toucher un public plus large que celui que j’aurais atteint si j’avais fait de l’auto-publication.
Par contre je ne trouvais pas d’éditeur intéressé. Finalement une lectrice de mon blog m’a conseillé de prendre contact avec les éditions Sully et je leur ai envoyé un dossier. Ça a été un peu long au début à se mettre en place parce que je ne me sentais pas prête, j’étais occupée par mon travail à temps plein et je me donnais pleins de bonnes excuses.
Finalement les astres se sont alignés (si je puis dire) et tout c’est fait très vite. Je signais un contrat, je partais deux mois faire des recherches au Japon et ensuite je rentrais écrire le livre. Et voilà.

Je sais que tu as visité plusieurs ateliers d’objets, quelle était la réaction des artisans en voyant ton intérêt pour ceux-ci ?
Les artisans sont toujours très très étonnés. J’essaye de passer par les offices de tourisme, histoire de rencontrer des artisans. Mais ça ne fonctionne jamais. Les organismes qui gèrent le tourisme au Japon veulent mettre en avant l’artisanat « noble », par exemple la poterie, la teinture à l’indigo, la laque ou la feuille d’or. Mais moi ce n’est pas ce qui m’intéresse. Alors très souvent je débarque en bonne touriste, je pousse la porte des ateliers et avec mon japonais plus que précaire et Google Trad, j’explique ce que je fais. Souvent ils sont un peu méfiants, puis abasourdis que moi la petite française qui explique les objets japonais de rien du tout, je sois venue les voir au fin fond de leur campagne pour en apprendre plus. Je repars toujours avec de chauds remerciements.

Parmi les ateliers que tu as visités ou auxquels tu as participé, est-ce qu’il y a une fabrication d’un objet qui t’a marquée ou étonnée ?
Je dirais les daruma à Fukuoka. Même si je connaissais à peu près la technique du papier mâché, j’étais très étonnée de la complexité. Pour faire un daruma d’Hakata il faut 3 sortes de colles différentes. C’est fou ! Après d’une façon générale la partie peinture m’impressionne toujours. Je sais que ce sont des années et des années de travail et de pratique, mais la maîtrise du coup de pinceau me fascine.

Qu’est-ce qui est différent du carnet que tu avais écrit précédemment ?
Hahaha tout le monde me parle de ce petit carnet. Mais vraiment il n’a rien de rare. En 2016 j’avais été invitée à la Japan Touch de Lyon et je n’avais rien à présenter. Je me suis donc contentée de regrouper quelques notes de blog, de mettre vite fait tout cela en page et de faire imprimer ces petit livrets.
D’ailleurs j’ai repris une bonne partie des notes incluses et je les ai améliorées pour le livre (nouveaux dessins, explications en plus). J’ai donc arrêté de vendre ces petits livrets quand le livre est sorti. Mais vraiment, je vous assure vous ne perdez rien au change, le livre est beaucoup plus abouti.

Maneki Neko et autres histoires d’objets japonais – Joranne

Qu’est-ce qui fut le plus difficile durant la préparation du livre ?
C’était de m’y atteler une fois rentrée du Japon. Je n’avais pas le syndrome de la page blanche, car je savais exactement de quoi je voulais parler. Ma liste d’objets était faite depuis bien avant le voyage au Japon.
Non mais, comme je suis quelqu’un qui manque beaucoup de confiance en soi, j’ai eu un gros syndrome de l’imposteur. Je me disais « à quoi bon, de toutes façon ça ne va pas marcher ». Ça m’a fait perdre pas mal de temps au début.
Le second effet kiss-cool : une fois lancée, j’étais trop perfectionniste. Je re-faisais mes recherches encore et encore pour être sûre de ne pas dire de bêtises. À tel point qu’à la fin je me mettais des post-it dans mon cahier de recherches avec écrit : « C’est bon ! C’est juste ! Dessine maintenant ! ».

Quel objet t’as donné le plus de fil à retordre pour trouver des informations, ou sur lequel tu as passé le plus de temps ?
Le daruma ! Il y a tellement à dire sur lui, c’est le big boss des objets japonais. Même dans le livre je n’ai pas pu tout mettre. Quand j’ai eu terminé la note sur les daruma et qu’elle est passé en relecture, personne ne comprenait rien à mes explications. Pire, quand j’expliquais à l’oral personne ne comprenait rien non plus. En plus c’était le dernier objet sur lequel je travaillais et mon nombre de pages était limité. Impossible de rajouter plus d’explications. Finalement tout c’est bien terminé mais ça a été un sacré casse tête.

Lorsque tu commences à te renseigner sur un objet, as-tu une façon particulière de procéder ?
Je commence par les recherches. Avec le temps ils y a des sites anglais que je connais bien et je sais que je pourrais trouver des informations fiables dessus. J’ai aussi rapporté depuis mon dernier voyage des livres japonais sur le sujet.
Je fais des recherches en anglais et en japonais, je suis devenue très forte pour lire le « Google trad », mais si vraiment j’ai du mal avec une traduction je me fais aider. Idem, avec l’expérience je sais maintenant quels sont les mots clefs les plus efficaces pour trouver des réponses.
Je n’hésite pas non plus quand je cherche des informations sur un objet, à contacter par mail ou via les réseaux sociaux des artisans ou des « club de fan ». Par exemple pour le daruma j’avais des questions précises, j’ai écrit à des artisans et au « club des amoureux du daruma » via instagram (^^). Et ça a marché, ils ont été ravis de me répondre (les échanges se sont faits en japonais).
Après je fais une liste des points importants et de ceux dont je voudrais parler. Puis je me laisse un peu de temps pour « imaginer la note », réfléchir comment je voudrais mettre ça en forme, les gags que je voudrais faire.
Au final je réalise une sorte de story board, avec des petits croquis de mes dessins et surtout j’écris le texte tel que je voudrais qu’il soit. Je passe au crayonné, à l’encrage, à la mise en couleur. Je scanne les dessins, je les nettoie par ordinateur et j’ajuste les couleurs. Je mets en forme avec le texte et c’est fini !

Est-ce qu’il y a un objet / une partie dont tu es particulièrement fière ?
Les toilettes ! C’était une blague avec moi-même et j’avais prévenu mon éditeur dés le début que je voulais absolument en parler. Je me suis tellement fait plaisir sur cette note que ça reste ma préférée. Mais je me suis aussi beaucoup amusée sur l’histoire des kokeshi et des enfants morts. J’avais rencontré un antiquaire de kokeshi lors d’un voyage et nous avions beaucoup discuté de ça. À la fin il m’a offert une kokeshi et m’a dit « j’espère que par votre travail vous arriverez à tordre le cou à cette vilaine rumeur ». Je ne pense pas que moi toute seule je vais changer les choses, mais j’aurais apporté ma contribution et gagné ma kokeshi (^^).

Qu’as tu ressentie quand tu as vu et eu ton livre dans les mains ? Aimerais-tu renouveler l’expérience ?
On m’avait dit que c’était un moment magique, et mazette oui tellement ! Et puis il y a tous les autres moments tout aussi magiques qui suivent, le voir dans une librairie, les retours enthousiastes des lecteurs, les dédicaces, les commentaires des libraires, l’enthousiasme des proches et des amis, les reviews, les lecteurs qui m’envoient des photos du livre dans les librairies ou bien de ceux qu’ils ont reçus ou achetés… Rholalala ce shoot d’endorphine à chaque fois. Même si rien n’est encore concret, je rêve parfois d’un tome 2, en plus j’aimerais beaucoup plus parler des objets des sanctuaires shintoïstes et des temples bouddhistes.

Pour retrouver Joranne et être au courant de ses nouveautés, n’hésitez pas à la suivre par ici :
 Blog . Instagram . Facebook  .  Twitter 

Pour commander son livre : 
> sur son blog Joranne.com
> chez son éditeur Maneki-neko et autres histoires d'objets japonais

Merci beaucoup pour ton temps et d’avoir participer à ce rendez-vous Passion Japon. J’ai lu ton livre et ce fut un régale. Les dessins, les explications, l’humour, tout est parfait et j’ai appris plein de choses ! C’est vraiment intéressant de découvrir l’origine des objets et de voir leur évolution à travers le temps. Personnellement, j’ai beaucoup aimé la partie sur les kokeshi. C’est vraiment un indispensable pour ceux qui s’intéressent au Japon et si tu sors un tome 2 tu peux être sure qu’il rejoindra son grand frère dans ma bibliothèque !

6 commentaires sur “Passion Japon : Joranne et les objets japonais

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  1. bonjour toujours heureuse de lire tes articles donc je te fais confiance et j ‘ai commande le livre de jorane qui je pense va me plaire et en meme temps je la decouvre

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour, ravie de lire que mes articles te plaisent, j’espère que tu apprécieras autant que moi le livre de Joranne, je serai curieuse de connaître tes impressions après lecture 🙂

      J'aime

  2. Même si je connais Joranne via son blog, je trouve intéressant de voir encore plus comment cette passion a débuté et sur le parcours nécessaire pour réaliser ses fiches objets! Merci pour cet article!

    Aimé par 1 personne

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