Grand Tremblement de terre de Kobe de 1995, les témoignages

Aujourd’hui, le 17 janvier 2020 marque les 25 ans du grand tremblement de terre qui frappa Kobe au petit matin, à 5h46. Un événement encore ancré dans la mémoire des survivants et dans la ville elle-même. Kobe a toujours été très attachée à son histoire et en sème constamment quelques bribes dans ses rues afin de ne pas oublier. Ainsi chaque année à cette date charnière, les cœurs se rassemblent pour partager ce douloureux souvenir et honorer les disparus. Comme chaque année la cérémonie de commémoration se passe dans le parc Higashi Yuenchi qui regorge de symboles et de souvenirs liés à ce jour.

Cette année, à l’approche de cette date commémorative et lourde de souvenirs, plusieurs connaissances japonaises m’ont raconté ce qu’elles ont vécu ce jour-là. Leurs récits m’ont beaucoup touché et j’aurai pu les écouter pendant des heures. En suivant cette idée de ne pas oublier, je me suis dis que j’allais en partager quelques uns avec vous.

 

                                           5h46                                                         17 janvier 

I
« Ma maison fut entièrement détruite. J’étais coincée sous les décombres. Ma fille était enceinte et devait accoucher dans les prochains jours, mais par chance la catastrophe n’a pas précipité l’accouchement. Par contre, en plus du séisme, on nous avait aussi volé les affaires que nous avions dans notre voiture… »

N
« J’avais la vingtaine et j’étais chez moi, dans l’arrondissement de Tarumi. En entendant le bruit j’avais pensé à un orage, puis ça a tremblé. J’ai eu l’impression que la terre se fendait en deux. Ma maison a tenu le choc, mais nous n’avons pas eu d’eau avant 3 semaines. Les gens faisaient la queue pour aller dans les sento (bains publics), il y avait parfois jusqu’à 3h d’attente. J’y suis allée 2 jours après le séisme. L’eau était tiède et sale. Je n’ai plus voulu y retourner, ce n’était pas agréable de se baigner la-dedans. Par chance, une voisine m’a proposé de me doucher chez elle le temps que ce soit réparer chez moi. Certains quartiers ont été entièrement rasé, il n’y avaient plus rien. Je me suis dis que ça devait ressembler à ça après les bombardements de la guerre… »

N
« J’avais la quarantaine. Ce matin-là je devais prendre l’avion pour aller en Europe. Je me préparais car le taxi devait venir me chercher à 6h. En y repensant que je me dis que j’ai eu de la chance car si le séisme aurait eu lieu quelques minutes plus tard, j’aurai probablement perdu la vie sur l’autoroute qui s’était écroulée. Quand ça a tremblé à la maison, l’armoire qui était derrière moi est tombée. A nouveau par chance, ma valise qui était entre elle et moi l’a retenue pour ne pas qu’elle m’écrase. Quand j’ai réussi à m’extirper de ce qui restait de ma maison, j’avais le visage noir, j’étais toute sale, je n’avais qu’une envie, me laver. Je suis restée 3 mois dans la primaire de mon quartier qui servait de refuge, il y avait du chauffage, on y était bien, tous le monde s’entraidait… »

S
« J’avais la quarantaine et j’habitais dans un appartement dans l’arrondissement de Nada. Bien que l’immeuble avait 6 ans, il a été très endommagé. Pendant les réparations, qui ont coûté très chère, je suis restée deux mois dans un refuge dans la ville de Akashi. A l’époque les téléphones portables n’existaient pas, on n’avait aucun moyens de communication pour contacter nos proches et savoir comment ils allaient. On devait alors laisser des mots avec leurs noms dans des refuges… »

S
« Ce quartier de Nagata est celui qui a été le plus touché par la catastrophe. Ce jour-là c’était le jour de fermeture de notre sento (bain public). Suite au tremblement de terre de nombreuses nagaya, les vieilles maisons japonaises accolées, étaient en feu. Cependant, nous n’avions plus d’eau pour les éteindre et les secours mettaient du temps à venir. Nous sommes alors allés à notre sento, la bâtisse ayant tenue le coup, nous avons décidé d’utiliser l’eau des bains pour aider à éteindre les incendies en utilisant les bassines. Puis trois semaines plus tard nous avons pu rouvrir le sento pour la plus grande joie de nos habitués… »

***

La ville de Kobe et ses habitants tiennent à leur histoire, cette catastrophe fait partie
d'eux et ils ne veulent pas que les générations suivantes l'ignorent, bien au contraire. 
Ils souhaitent continuer d'en parler, de commémorer ce jour et ses victimes, même si
avec le temps il y aura de moins en moins de survivants pour raconter ce qu'ils ont vécu. 
Ils ne veulent ni qu'on oublie ce 17 janvier 1995, ni tomber eux aussi tomber dans l'oubli.

Kobe, pèlerinage des Sept Dieux du Bonheur 七福神

Je vous en avais déjà parlé précédemment ici, je collectionne les goshuin, les sceaux des temples et sanctuaires. A force de déambuler dans ces lieux, j’ai découvert qu’il existe divers pèlerinages à travers tous les Japon dont chacun à sa spécificité. De part ma situation géographique j’avais décidé de privilégier ceux de ma région, ainsi après avoir fait le pèlerinage des 8 sanctuaires de Kobe, je me suis lancée dans celui des sanctuaires des Sept Dieux du Bonheur de la ville portuaire !

Mais d’abord, qui sont donc ces Sept divinités de la mythologie japonaise ? Petite présentation rapide. 

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Bishamonten, protecteur des richesses, c’est un dieu guerrier représenté en armure avec une lance et une pagode dans chaque main. Il est également le chef des quatre gardiens de Bouddha ce qui fait qu’il occupe une place importante dans la religion bouddhiste.

Benzaiten, ou Benten, est la seule femme du groupe. Déesse des arts, de la beauté, de la musique, des sciences, du savoir, de l’éloquence, mais aussi de la vertus, de la sagesse et de la longévité. Elle est souvent représenté accompagnée d’un serpent blanc, surtout avec un biwa dans les mains qui est un instrument de musique à cordes traditionnel japonais.

Fukurokuju, dieu de la sagesse, du bonheur, de la longévité, de la virilité et la prospérité. Il est décrit comme étant un vieillard chauve au crane allongé, ainsi qu’une canne et un parchemin à la main.

Hotei est le dieu de l’abondance, du contentement, de la bonne sante et du commerce. Il apparaît sous les traits d’un moine obèse, chauve aux grandes oreilles et souriant, ce qui lui vaut le surnom de « bouddha rieur ».

Juroji est le dieu de la longévité et de l’harmonie avec la nature, c’est pourquoi il est accompagné d’un cerf. Ayant aussi le physique d’un vieillard à longue barbe et tenant un parchemin à la main, il est aussi parfois représenté tenant une pèche, qui est un autre symbole de longévité.

Daikokuten est le dieu de la richesse, du commerce et des échanges, il est aussi souvent apparenté à Ebisu. Représenté comme un homme corpulent et souriant, on le voit à se tenir à coté d’un sac de riz et en porter un autre sur son dos contenant la patience et la sagesse

Ebisu est le dieu des pêcheurs, des marchands, de la prospérité et du travail honnête. On le représente souvent en kimono avec une canne à pêche et une dorade dans chaque main.

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Normalement lorsque l’on tient un goshuin-cho, un carnet de pèlerin, on ne récolte que le sceau du temple en question, mais ici c’est celui du dieu qu’il faut demander ! Concernant le pèlerinage de Kobe, il existe également un goshuin-cho spécial qui contient un dessin de chaque dieu à coté de son goshuin. Extérieurement il parait très simple, mais lorsque je le feuillette, je le trouve magnifique et vraiment classe.

Sanctuaire Minatogawa jinja  –  Sanctuaire Nagata jinja  –  Sanctuaire Ikuta jinja
Temple Tairyu ji – Temple Nenbutsudera – Temple Tenjouji – Temple Sumadera

Ce pèlerinage passe par les sanctuaires et temples les plus importants de Kobe. Suivre cette carte des dieux permet aussi de découvrir autrement la ville maritime en passant près de la mer, se promenant en plein centre-ville ou dans des quartiers populaires et même en s’aventurant en montagne ! Par contre, comme il est nécessaire de récolter trois goshuin en montagne, il n’est pas possible de le faire en un jour, à moins de vraiment se dépêcher sans s’imprégner des lieux et profiter des découvertes qu’il est possible de faire ce qui serait vraiment dommage. 

Pour commencer 2020 je voulais vous présenter ce pèlerinage en particulier car, bien qu’il puisse se faire n’importe quand, il est recommandé de le faire en début d’année afin que la collecte complète de celui qui la réalise lui porte chance et lui apporte une bonne année. Alors, si vous êtes au Japon en janvier / février, faites comme les Japonais et peut être que votre année sera sous une bonne étoile !

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J’en profite pour vous souhaite une très bonne et heureuse année de la souris ! 

Arashiyama, les dessous de l’automne au Japon

Le Japon revêt sa robe de saison. Jaune, rouge et orange parent villes et montagnes. C’est une période ou tous le monde se déplacent pour se délecter de la beauté des paysages que l’automne offre. Cependant, victime de leur succès, certains endroits connus propices à ces contemplations sont pris d’assaut par les Japonais et les touristes, au point que cela puisse devenir invivable…

Cette année, nous sommes allés en famille à Arashiyama, un tres bel endroit dont j’avais déjà parlé ici, et où je suis déjà allée plusieurs fois. La première fois remonte à novembre 2011 pour les momiji et j’en avais gardé un bon souvenir. Malheureusement en 8 ans, les choses ont changé, le Japon est devenu une destination phare et celui-ci a connu un énorme boom touristique, un bien pour un mal qui ne reste pas sans répercussions.

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Le train au départ d’Osaka fut vite rempli, exceptionnellement, il y avait un direct qui évitait de devoir prendre une correspondance à la gare de Katsura. A la descente à la  gare de Arashiyama, les quais étaient littéralement noir de monde, les gens avançaient au pas pour atteindre les portillons. Une fois sorti, nous nous sommes laissés porter par cette marée humaine qui menait à la partie touristique et au parc jouxtant le célèbre pont Togetsukyo. Les gens faisaient déjà la queue devant les restaurants et les stands de nourriture. Puis pour traverser le pont, nous avons du attendre 5min ! Des gardiens étaient présents pour gérer et alterner le passage des gens et des voitures.  

La rivière, les montages, les touches de couleur qui ponctuaient le panorama, c’était si beau. En ce superbe jour ensoleillé, à la demande de notre fils, nous avons fait de la barque (500yens pour 3 personnes pour 1h). C’était la première fois que j’en faisais et c’était vraiment chouette ! Dérivant aux pieds des montagnes à contempler le paysage au son d’une mystérieuse flûtiste, nous profitions d’un moment de répit loin de la foule et du brouhaha.

IMG_6087De retour sur la terre ferme, nous nous sommes dirigés vers Tenryu-ji, mais voyant les longues files d’attente, nous décidâmes de rebrousser chemin pour longer la rivière et prendre de la hauteur. Un magnifique plafond d’érables rouge nous accueilli. Comme il y avait moins de monde, nous avons poursuivi notre chemin en pleine nature qui pris fin à la bambouseraie, où, nous eûmes l’effet d’un électrochoc. Celle-ci d’habitude pleine de charme, ressemblait à une cage, elle nous entassait les uns sur les autres dans son étroit sentier entouré de ses immenses barreaux vert défraîchi. Nous traversâmes tant bien que mal cette allée entre les corps, un peu plus et nous aurions eu l’impression d’étouffer. 

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Une fois sorti de cette interminable étreinte, nous voici prêts à affronter l’artère principale qui déborde autant de personnes que de déchets qui jonchent le sol, mais qui mènera au pont en mettant fin à notre calvaire. Ainsi nous avancions au pas sous le soleil qui commençait lentement à décliner. Fatigués de notre expédition, nous étions contents de rentrer chez nous au calme. 

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Je savais qu’il y aurait du monde, mais pas à ce point. La dernière fois que j’en ai autant vu, c’était en 2017 au sanctuaire Eikando de Kyoto. J’avais d’ailleurs raconté mon périple ici. Je suis bien contente qu’à Kobe ce ne soit pas encore le cas. L’année dernière j’avais pu profiter des momiji dans un temple de montagne, il n’y avait quasiment personne, quelle quiétude il y régnait ! Bien sur les gens voyagent où ils veulent et quand ils le veulent, mais quand on voit ça, ça donne envie de faire demi-tour, même en essayant de faire abstraction du monde et des manières de certains, cela gâche un peu la beauté et l’atmosphère des lieux.

Cette nouvelle expérience me motive davantage pour essayer de trouver de nouveaux endroits qui soient à l’abris des regards. Ce qui m’a aussi choqué, c’est le nombre de personnes qui passe son temps à tout filmer et à poser partout, même s’ils bloquent des gens, l’air des réseaux sociaux… La nature est belle et éphémère, c’est normal de vouloir l’immortaliser parmi nos souvenirs, mais c’est aussi important de profiter et d’apprécier le moment présent, l’instant T.

Les funérailles au Japon

La vie a fait que récemment j’ai vécu mes premières funérailles japonaises. Cet événement tant redouté qui touche tout le monde. Les obsèques au Japon, c’est très différents de ce qu’on fait en France. J’avais déjà eu plusieurs échos, et j’appréhendais assez de devoir y participer. Dormir et manger à coté du corps, manipuler les os, une pratique un peu glauque au premier abord, mais finalement, pas tant que ça.
Ce matin de juillet, je me suis réveillée, j’ai lu mes messages et appris que Obatchan nous avait quitté dans la nuit. En raison de son âge, nous nous y attendions tous. Elle avait 99 ans. Bel âge n’est-ce pas ? Obatchan, je la connaissais peu, mais je l’aimais bien. Petite, frêle, le visage pale, les cheveux blancs comme neige, son sourire, sa petite voix, ses yeux qui pétillaient quand on lui rendait visite, sa bienveillance et les gâteaux qu’elle voulait toujours nous donner.

"Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas." 
C'est ce que m'avait dit le frère aîné de mon beau-père. 
La situation lui faisant se remémorer ces premiers mots de l'Etranger qu'il avait lu 
des années auparavant.


Cet après-midi là, vêtus de nos costumes noirs de cérémonies nous nous sommes rendus au funérarium. A notre arrivée dans la salle de notre famille, les embaumeurs étaient en train de déposer Obatchan dans son cercueil. Vêtue d’un kimono blanc, maquillée, le visage reposé, elle était jolie. C’était la première fois que je voyais un mort, j’appréhendais beaucoup, mais finalement je fus rassurée de retrouver un visage familier. C’est dans cette même pièce, sous les yeux de sa famille, qu’elle avait été préparée. En effet, ici la préparation du défunt se fait devant les proches. Le corps, légèrement caché par un drap blanc, est lavé, habillé et maquillé avec le plus grand soin. Dans son cercueil de bois blanc, elle y reposait entourée de ses fleurs préférées, de certaines peintures qu’elle avait fait et de son goshuin-cho, son carnet de pèlerin. Un magnifique tissu de kimono couvrait le cercueil fermé. Un autel fut dressé devant elle. Un bol de riz, des oranges, de l’encens, deux bougies et une photo d’elle le décoraient. Cette photo, je la connaissais. Elle avait été prise le jour de mon mariage, Obatchan avait demandé à notre photographe de lui faire cette faveur. Ainsi, nous avons passé l’après-midi avec elle, à discuter et à entendre les enfants rigoler. Le prêtre du temple où elle demeurera est venu faire deux cérémonies de prières. Les mains jointes et entourées d’un chapelet bouddhiste, nous récitions les prières que le prête disait et nous nous passions une boite d’encens où nous en prenions une pincée en la montant au dessus de notre tête, puis nous la redéposions dedans. 

Le soir, nous avons dîné dans la pièce voisine. Puis mon beau-père et son frère passèrent une dernière nuit auprès de leur mère. Otsuya, consiste à veiller le défunt et à s’assurer qu’il trouve le chemin du paradis en suivant la fumée de l’encens. Il faut donc faire attention à ce que le bâtonnet ne s’éteigne pas.

Le lendemain, nous nous sommes tous retrouvés auprès de Obatchan pour lui dire un dernier adieu et déposer à ses côtés les lettres que tout le monde lui avait écrit. Le corbillard l’attendait pour l’emmener au crématorium. Une fois le hall traversé, c’est une dizaine de four alignés les uns à côté des autres qui nous accueillent. Chacun portait un nom de fleur, pour Obatchan ce sera le sakura. Le cercueil y entre et nous le retrouvâmes deux heures plus. Je crois que je n’oublierai jamais l’odeur qui émanait du crématorium, je n’avais jamais rien ressenti de tel. Il ne restait que quelques os. Chacun son tour, munis de longues baguettes, nous avons attrapé les os pour les disposer dans une urne. Un procédé qui se fait des pieds vers la tête. La personne en charge nous expliqua de quels os il s’agissait. De retour au funérarium, nous avons déposé l’urne sur l’autel. Le prêtre revint pour faire deux cérémonies, puis ce fut terminé. Cependant ce n’est qu’en septembre que Obatchan rejoignit sa destination finale, le temple où elle demeura auprès de son mari qui l’avait précédé bien des années plus tôt. Vu les circonstances, cette année ma belle-famille n’enverra ni cartes du nouvel an, les nengajo, ni n’ira au temple le 1er janvier pour la première visite de l’année. Puis afin de ne pas recevoir de nengajo, nous avons aussi envoyé des cartes pour annoncer avoir eu un décès dans l’année.


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J’appréhendais beaucoup les funérailles japonaises car j’avais entendu nombre de choses à son sujet. Ces deux jours furent très longs et éprouvant mentalement, mais finalement je l’ai bien vécu. Quoique le fait de ne pas être très proche ait du aider. Cependant je trouve ça même bien d’accompagner le défunt jusqu’au bout et de pouvoir prendre le temps de lui dire adieu, comme si cela permettait aussi de banaliser la mort, d’en avoir moins peur. C’est assez ironique pour moi de dire ça car depuis petite j’en ai toujours eu peur et y penser me donne des angoisses, plus que la mort, je pense surtout avoir peur de l’oubli et de ceux et ce que je laisse derrière moi. Mais bon, la vie est ainsi faite et elle ne fait qu’un avec la mort.

Tradition Japon : le Shichi-Go-San

Au Japon, le Shichi-Go-San, signifiant « Sept-Cinq-Trois », est une fête destinée aux enfants qui a lieu le 15 novembre pour remercier le fait qu’il grandissent bien et soient en bonne santé. En effet, cette tradition se focalise sur des âges, où autrefois, ceux-ci étaient plus touchés par les maladies et la mort.

On dit que le Shichi-Go-San est célèbre le 15 novembre, mais en fait les Japonais le célèbrent  principalement les weekends entre la fin octobre et le 15 novembre. Cette date détient divers origines. La première est liée au calendrier lunaire. En effet, novembre serait un mois propice pour remercier Dieu en lui étant reconnaissant d’avoir eu une bonne récolte de riz en octobre et aussi pour symboliquement remercier la bonne croissance de son enfant. Le 15ème jour de novembre, lui, correspond avec la pleine lune, mais l’on constate également que c’est la somme de 7+5+3 ! La deuxième remonte aux années 1600 et est liée au général Tokugawa Iemitsu. Quand son fils Tsunayoshi eut de graves soucis de santé, celui-ci pria avec acharnement un 15 novembre. Le lendemain, son fils s’était rétabli. Comme quoi, parfois il en faut peu pour qu’une tradition prenne vie et perdure à travers les siècles.

Ainsi durant le mois de novembre, les enfants de 3 ans, les petits garçons de 5 ans et petites filles de 7 ans se rendent dans un sanctuaire shintoïste vêtus de leur kimono pour assister à la cérémonie de ce rite de passage. Cependant, selon les régions, voire les familles, certaines ne célèbrent cette fête que pour les 5 ans de leur fils alors que d’autres le font pour ses 3 ans et ses 5 ans. De nos jours, beaucoup immortalisent ce jour chez un photographe en portant la tenue traditionnelle. En général, les petites filles portent toujours le kimono pour aller au sanctuaire, mais concernant les petits garçons, certains abandonnent le hakama pour s’y rendent en costume. Une fois la cérémonie terminée, les enfants reçoivent des cadeaux avec le bonbon traditionnel du Shichi-GO-San, le chitose ame. Signifiant « sucrerie de mille ans », c’est un bonbon long, mince et de couleur rouge et blanche symbolisant une bonne croissance et la longévité dont cette dernière est aussi représentée par une grue et une tortue que l’on peut voir sur le sac contenant le bonbon.

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2 novembre 2019. Quel magnifique ciel bleu pour ce mois d’automne encore bien chaud. Sur notre 31, nous nous dirigeons vers le sanctuaire, le même où nous avions fait sont baptême. Cet été, nous avions pris de l’avance pour faire les photos souvenir de ce jour spécial. Vêtu de son hakama rouge loué sur place, mon fils était ravi d’en porter un pour la première fois et il s’est volontiers prêté au jeu du photographe. Qu’il est beau dans ce hakama, le rouge lui va si bien, il rayonne de joie. Sa veste est rouge avec des pointes de blanc et ornée d’un magnifique dragon dans le dos, elle s’accorde parfaitement avec son hakama, le pantalon, qui est doré tout en étant agrémenté de touches de vert foncé et de quelques motifs géométriques. Le personnel, lui, était étonné de son choix de couleur car en général le vert foncé et le bleu marine priment. Puis le jour-j arriva, mais cette fois-ci, pas de hakama, un simple costume fera l’affaire. Arrivés au sanctuaire, nous nous inclinons avant de passer sous le grand torii qui marque l’entrée, marchant le long de l’allée, nous faisons des ablutions avant de continuer notre chemin. Une autre famille est également présente, mais pour leur fille qui doit avoir 7 ans et qui porte un joli kimono dans les tons roses. Au bâtiment principal, mon mari se présente, paye puis nous attendons que l’on nous appelle. Dans l’enceinte, il y a des bancs à destination des familles qui attendent leur tour. Puis vint le notre, c’est finalement avec la famille de la petite fille que nous ferons la cérémonie. Nous entrons à l’intérieur du bâtiment, nous prenons place et attendons. Tantôdebout, tantôt assis, nous nous inclinons ou ne baissons que la tête tout en écoutant le prêtre réciter des prières. Une fois la cérémonie terminée, mon mari bu une coupelle de sake et les enfants reçurent leurs cadeaux accompagné du chitose-ame. A notre sortie, plusieurs famille patientaient sur les bancs, les enfants étaient si mignons dans leur kimono et leur hakama. Voilà une nouvelle étape de passée.

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Kobe safari, une nouvelle aventure au Japon

Depuis maintenant 7 ans, je partage sur mon blog non seulement mon quotidien, mais également mon amour pour la ville de Kobe en présentant divers endroits à visiter. J’aime déambuler dans ses rues, découvrir de nouveaux coins et immortaliser mes trouvailles pour les partager ici et sur instagram. Cependant j’ai toujours eu l’impression que cela restait assez théorique si je puis dire, ce blog en est un parmi tant d’autres, il a peu de vues et je doute que des personnes se soient rendues sur les lieux dont je parle, pour ça instagram a probablement plus d’impact. Bref, tout ça pour dire que maintenant je passe à la pratique !

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J’ai le plaisir de vous annoncer que les Kobe Safari ont récemment vu le jour ! Il y a un an, Angelo des Osaka Safari, dont je vous avez déjà parlé ici, m’a proposé de rejoindre l’équipe des Japon Safari et de tenter l’aventure pour Kobe ! Une proposition que je n’ai pas pu refuser. Ainsi pendant des mois j’ai exploré davantage afin de trouver de nouveaux endroits tout en ayant suffisamment de diversité à présenter et qui s’adapterait aux différents profils de ceux qui me feraient assez confiance pour les guider.

 

Entre mer et montagnes, Kobe est principalement connu pour le grand tremblement de terre qui l’a frappa et pour son bœuf. Son port fait partie des premiers qui se soient ouvert à l’étranger permettant ainsi la venue de nombreux marchands de tout horizons qui participèrent à ce mélange des cultures et qui façonna la ville maritime que nous connaissons aujourd’hui. De ce fait, la ville arbore une apparence européenne renvoyées par ses grandes rues aérées sans câbles électriques et ses maisons d’influence coloniale, ce qui malheureusement attire peu de touristes. Cependant, bien que sous-estimée, cette ville portuaire a beaucoup à offrir et possède de nombreuses cartes dans sa manche, il suffit de sortir du centre ville pour faire de jolies découvertes. Pour dénicher ces trésors oubliés, rien de mieux que d’être accompagné par des locaux, ceux qui y vivent et connaissent les moindres recoins de leur terre d’accueil. Alors laissez-moi vous raconter son histoire, vous montrer ce qui fait son charme, vous présenter ses habitants chaleureux qui sont habitués aux étrangers, bref laissez-moi vous guider dans le quotidien de ma ville de cœur.

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Alors si vous êtes de passage dans la région du Kansai, n’hésitez à venir dans cette ville multiculturelle, je serai ravie de vous rencontrer et de vous faire découvrir cette ville à qui je tiens beaucoup. Le site est encore en construction, mais en attendant il est possible de réserver une balade par ici > Kobe Safari 

Undokai, la fête du sport

Le ciel était bleu, un léger vent se faisait ressentir et minimisait la chaleur du soleil. Sur le chemin de l’école, de nombreux enfants sont en route pour cette journée spéciale qu’ils ont tant préparé. Etant en moyenne section, mon fils est tout excité pour sa deuxième undokai et il a hâte de performer devant nous. Arrivés à la maternelle, il y a déjà foule, nous faisons la queue pour y entrer en montrant nos badges. Mon fils pose devant le panneau colorée indiquant « undokai » et part rejoindre sa classe. Les places sont déjà pratiquement toutes prises, cependant je cherche un coin d’ombre près de là où la classe de mon fils sera assise. Les enfants prennent place dans l’espace prévu à leurs exploits du jour. Ils se ressemblent tous avec leur tenue de gym et leur chapeau, seul leur dossard contenant leur nom les différencient. Alignés par classe, ils saluent le principal, récitent leur prière et font quelques mouvements d’échauffements sur fond de musique. Que le spectacle commence ! Les petites sections ouvrent le bal avec une course vers leur institutrice respective, les moyennes enchaînent avec une course puis les grandes avec un relais que les parents encouragent à plein poumons. Les petits reviennent danser, vêtues de leur costumes d’abeilles; ils font craquer l’assemblée. Vient le moment de faire participer les tout petits puis les primaires. Les moyens reviennent pour éblouir les spectateurs au rythme de la chanson Paprika en donnant plusieurs formes à leur parachute avec l’aide du vent. Les grands font pousser des cris d’admiration avec leur figures de gymnastique et leur rigueur. Enfin tout les enfants ne mélangent pour le jeu du tamaire pour ensuite clôturer cette journée avec la danse des grandes sections. Après un « arigatou gozaimasu » puissant pour remercier leur famille d’être venue, ils retournent dans leur classe. Nous, parents, nous aidons à ranger les bancs et à démonter les tonnelles qui les abritaient. Enfin, les enfants retrouvent leur famille, le sourire aux lèvres et un trophée dans les mains.

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La undokai est une fête sportive qui a lieu chaque année de la maternelle au lycée et de préférence au printemps ou en octobre. Elle a été mise en place par un instructeur britannique, Lucius Douglas, qui travaillait dans un lycée de Tokyo et qui proposa d’inclure de l’athlétisme au programme scolaire. La première undokai eut lieu en 1874 et cette pratique se rependit dans tout le Japon. De nos jours, c’est devenu une journée spéciale et importante pour laquelle les enfants s’entraînent durant plusieurs semaines et qui restera gravée dans leur mémoire. Par niveau d’études et par classes les enfants font divers activités sportives comme de la danse, des courses, des jeux, des relais, du tire à la corde et des figures de gymnastique. Ce dernier fait d’ailleurs débat car à cause de figures telles que les pyramides humaines, chaque année de nombreux élèves se blessent.

En effet, c’est un grand jour pour chaque famille où les parents, et parfois les grands-parents, viennent encourager leur petit héro du jour et ramène d’énormes bento pour tous le monde. C’est une journée chargée pour les enfants qui portent leur uniforme de gym ainsi que leur chapeau de sport dont la couleur différencie les filles des garçons. A chaque fois c’est les épreuves de relais qui soulèvent le plus d’engouement chez les parents qui hurlent le nom des enfants qui courent pour les encourager, attention à vos oreilles ! Les enfants donnent le meilleur d’eux-mêmes et sont contents que leur famille vienne les voir. A notre maternelle, il y a également un jeu pour les tout petits ainsi pour les premières années de primaire.

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L’année dernière mon fils a fait sa rentrée en maternelle et donc a participé à sa première undokai. En petite section, ils font un jeu de course avec leur parent, une danse et un tamaire qui est jeu où il fallait lancer des balles dans un haut panier. Honnêtement, je ne pensais pas que je serai autant émue en le voyant danser sur le thème de « La chenille qui fait des trous« . Il s’était donné à fond, il était trop mignon dans son petit costume. Je pense que c’était surtout le fait de me dire « wouah, on en est déjà là ». Comme il allait déjà en garderie, sa rentrée en maternelle ne m’avait pas touché à ce point, c’était une continuité. Je savais que les Japonais aimaient marquer les étapes de la vie et ce dès le plus jeune âge, mais maintenant je vis tout ça à travers mon fils, je prends d’avantage conscience de l’importance qu’ils y portent. C’est vraiment le fait de passer cette étape de la undokai qui m’a fait prendre conscience de l’évolution de mon fils et qui m’a rappelé que, dans cette même école, je venais aussi les années précédentes pour encourager mes neveux. Le temps file et les enfants grandissent si vite, c’est à la fois beau et douloureux. Autant voire grandir mon fils me rend fière et heureuse, autant parfois je me dis que j’aimerai bien que le temps s’arrête et qu’il reste comme ça.

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Même si chaque activité joue sur la compétition entre les classes, chaque enfant a reçu une récompense. Bref, c’est vraiment un événement convivial et familial que beaucoup attendent avec impatience et qui laisse toujours de bons souvenirs.

Pour écouter la chanson à la mode qu’on entend partout et qui a conquis le cœur des enfants, c’est par ici >> [ Paprika – Foorin]

Passion Japon : Emilie et le monde des Geisha

Salut Emilie, je suis ravie que tu aies accepté de participer à cette rubrique pour nous faire un plus découvrir le monde des geisha qui, bien qu’intriguant et fascinant, reste encore assez méconnu des occidentaux.

Tout d’abord, pourrais-tu te présenter ? 

Moi, c’est Emilie, je suis professeur de Français Langue Étrangère et je suis actuellement en France pour quelques temps avant de partir à l’automne pour enseigner en Egypte. Je suis accro aux voyages, grâce auxquels je peux découvrir d’autres cultures et traditions et m’exercer à la photographie, un autre de mes passe-temps. Depuis quelques années, je m’intéresse beaucoup aux kimonos et à la danse japonaise.

Quel est ton parcours avec le Japon ? As-tu habité dans d’autres villes japonaises ? Quand et pourquoi y as-tu atterri la première fois ? Comment ton intérêt pour le pays du soleil levant est-il né ?

J’ai commencé à m’intéresser au Japon quand j’étais lycéenne, après qu’un groupe de Japonais soient venus pendant quelques semaines en échange dans mon lycée. J’ai lus quelques manga, correspondu avec des amies japonaises avant de commencer à étudier réellement la langue une fois à l’université. Tout m’a paru si « différent », et je crois que c’est ça qui m’a le plus intéressé. Depuis, j’ai visité le Japon une bonne douzaine de fois. 
Mon premier voyage remonte à 2007, pour enfin découvrir le pays de mes amies… et les y revoir. Parmi ces séjours, j’ai également fait un visa Vacances-Travail pendant 7 mois en 2010-2011, pendant lequel j’ai habité à Saitama puis à Tokyo, et un volontariat international que je viens juste de finir et qui m’a amené à Kyoto pendant deux ans.Je crois que j’ai toujours apprécié le Japon par le prisme de la culture japonaise : le premier manga lu, les différences culturelles fascinantes avec mes amies japonaises, les tissus et les kimonos aux motifs si uniques, ma grande passion pour les festivals japonais. Je pense que ce sont vraiment ces aspects-là avant tout qui me font tant aimer le Japon.

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Passons maintenant au vif du sujet, comment as-tu découvert le monde des geisha ? Quel fut le déclencheur de cette passion ?

Je ne me souviens plus exactement de comment c’est venu, à vrai dire. Mais je crois que  le fait qu’elles portent des kimono a forcément attiré mon attention, puisque je m’intéressais déjà à ce vêtement depuis quelques temps. Sans trop me rappeler comment, je me suis retrouvée en avril 2012 a assister a un petit événement gratuit à Kyoto, organisé pour les étrangers, avec une geiko (geisha de Kyoto) et une maiko (apprentie). Il nous était proposé de découvrir quelques danses au shamisen (instrument traditionnel), d’en savoir plus sur leur vie quotidienne et de pouvoir aussi s’initier aux jeux de banquets auxquels elles participent chaque soir. Le moment où j’ai vu la toute jeune maiko arriver dans la pièce restera toujours gravé dans ma mémoire : en la voyant de si pres pour la première fois de ma vie, juchée sur ses hautes sandales et parée de son long kimono, le visage maquillé de blanc, j’ai ressenti une fascination qui ne m’a plus jamais quitté depuis. J’ai par la suite voulu en apprendre toujours plus sur la vie de ces femmes, et je profite de toutes les occasions qui me sont données de comprendre ce monde si particulier.

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La première rencontre avec une maiko et geiko en 2012

Malheureusement, de nos jours, beaucoup de personnes se méprennent encore, alors pour partir sur de bonnes bases, pourrais-tu nous dire ce qu’est une geisha ?

Je commencerai par le plus important : une geisha est une artiste à part entière. D’abord, étymologiquement, puisque dans « geisha », « gei » signifie l’art et « sha » la personnes. On ne peut se considérer geisha sans avoir un minimum de connaissances dans les arts japonais. La majorité des geisha apprennent la danse, les instruments traditionnels, la calligraphie, l’art floral, la cérémonie du thé… Elles consacrent donc une grande partie de leur journée à s’exercer dans un ou plusieurs arts transmis de génération en génération.

Leur travail à proprement parler se déroule le soir : maquillées de blanc et de rouge, habilles de kimono somptueux, elles se rendent à des banquets privés dans les quartiers traditionnels où elles vivent et se chargent du divertissement des clients plutôt fortunés qui y participent. Dans ce cadre, elles occupent de multiples fonctions : danser, jouer d’instruments, faire la conversation, servir alcool et plats, participer à des jeux spécifiques. Une fois le banquet termine, chacun rentre chez soi et ce moment un peu hors du temps n’est plus que l’équivalent d’un rêve… ce qui est précisément le but même de la soirée.

Il est parfois complexe d’essayer d’expliquer ce concept. Et par la même, le rôle de la geisha par rapport à ses clients. La majorité sont des hommes, souvent d’age mur, plutôt à l’aise financièrement. Pour un Occidental, il peut paraître curieux, voire impossible, qu’une hôte féminine divertisse ainsi un client masculin… dans qu’il ne se passe rien de plus. En fait, c’est tout un aspect de la culture japonais qui transparaît ici : la culture du réconfort.
Depuis les débuts des geisha à l’époque Edo, les hommes sont venus se divertir auprès d’elles pour oublier leur dur quotidien – puisque traditionnellement, c’est l’homme qui travaille pour faire vivre son foyer au Japon. Les riches marchants d’Edo et de Kyoto venaient dans les maison de thé ou une ambiance de fête était créée pour eux. Les beaux kimono, les danses élégantes, les conversation enjouées et le léger flirt autorité avec leurs hôtes féminines leur permettaient de s’immerger dans une sorte de bulle agréable l’espace d’un instant. La profession de geisha a toujours été régulée sévèrement et la prostitution y était interdite. Si quiconque souhaitait assouvir d’autres désirs, cela se passait chez les prostituées et courtisanes qui vivaient non loin, dans leur quartier réservé. Si l’on considère parfois que la limite pouvait devenir floue entre les deux professions, et qu’on parle d’une « double licence » qui aurait existe pour certaines artistes qui vendaient également leur corps, il est difficile d’obtenir des informations concrètes aujourd’hui et je ne peux pas m’étendre sur le sujet. Quoi qu’il en soit du passé, à l’heure actuelle il n’existe aucun doute : les geisha ne sont en aucun cas des prostituées de luxe.

Comment devient-on geisha ?

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Geiki (geiko) de Kanazawa exécutant une danse du printemps

La situation est différente selon les villes. A Kyoto, ou la culture des geiko et des maiko est très présente et farouchement protégée, il faut commencer une formation de 5 ans en tant qu’apprentie (maiko) une fois la scolarité obligatoire terminée, vers 15 ans. La maiko est initiée à un grand nombre d’arts, dont bien sur la danse japonaise. Elle suivra des cours tous les jours avant de participer aux banquets le soir avec ses aînées. Une fois cet apprentissage très exigeant terminé, vers 20-21 ans, l’apprentie peut faire le choix de devenir une artiste à part entière, la geiko. A Tokyo et dans d’autres villes, il existe encore quelques quartiers de geisha il est nécessaire de passer par le stade d’apprentie (elles sont appelées « hangyoku » à Tokyo), mais de nombreuses geisha le deviennent directement après une formation spécifique d’une durée variable.

Pourrais-tu nous expliquer la différence entre les maiko et les geiko ?

La principale différence réside dans l’expérience, comme mentionné plus haut. L’apparence physique va de pair avec la progression de la jeune femme dans son apprentissage.
A Kyoto, les maiko sont de jeunes apprenties, âgées de 15 à 20 ans en général. Elles sont traditionnellement considérées comme encore immatures et peu expérimentées, aussi cela se voit-il dans leur tenue : elles portent des kimono aux longues manches avec des plus au niveau des épaules, systématiquement portés par les enfants dans le passé. Le vêtement est en général charge en motif barioles et nombreux. Elles portent un obi (une large ceinture) de plusieurs mètres noué de façon à ce qu’il se déroule dans son dos. La coiffure est également caractéristique : elle est réalisée à partir des cheveux de la jeune fille, et on y dispose également des ornements floraux assez volumineux. Plus la maiko gagne en expérience et plus son apparence s’assagit progressivement.
Une geiko, de par son statut d’artiste à part entière, revêt une apparence bien plus simple et mature. Elle porte le type de kimono plutôt porte par les femmes mariées et privilégié des couleurs plus sobres. Les motifs y sont plus discrets et visibles uniquement sur les manches et sur le bas du vêtement. Son obi, plus court, est noué de façon plus classique. Elle porte une lourde perruque uniforme, ornée de quelques décorations discrètes.

Une journée de geisha ressemble à quoi ? Ont-elles des jours de congés ?

Je ne vais parler que de ce que je sais des geiko de Kyoto, car je connais beaucoup moins comment cela se passe ailleurs au Japon. Je crois seulement pouvoir dire que toutes les geisha du Japon ont en commun de participer à des banquets le soir de manière régulière ; leur formation et donc leur emploi du temps varient cependant énormément d’une ville à l’autre.
A Kyoto, une maiko se lève vers 9h et se rend en kimono à ses leçons en fin de matinée. Le type de cours varie selon un emploi du temps spécifique (ce n’est pas tous les jours la même chose) mais les cours de danse ont une importante primordiale. Elle rentre à son okiya (maison de geisha) vers 15h en général, et se prépare un peu plus tard pour les banquets du soir. Elle dîne, se maquille elle-même et attend qu’un habilleur, appelé otokoshi, vienne lui mettre son kimono et son obi, ce dernier demande une certaine force pour être noué correctement. Dans certains quartiers, les femmes de la maison se débrouillent sans homme ! La maiko commence à travailler à 18h en général. Il peut y avoir deux voire trois banquets qui s’enchaînent dans la même soirée, si bien qu’elle ne rentre pas à l’okiya avant minuit voire une heure du matin. Il lui faut alors enlever son habit, se démaquiller, prendre un bain et se coucher. Et la même chose se répétera à peu de choses près le lendemain.

La journée d’une geiko est similaire en tout point à celle d’une maiko, si ce n’est que sa spécialité influencera son emploi du temps, lui-même plus flexible. Il existe en effet deux types de geiko : la tachikata, qui se produit sur scène en tant que danseuse, et jikata, spécialisée dans l’accompagnement à l’instrument et au chant. Dans la majorité des quartiers, cette dernière ne dans donc jamais et ne suivra pas de cours de danse dans la journée. Le soir, elle présentera aux banquets en tant que musicienne et chanteuse, mais participera à la conversation comme le fait la tachikata.

Il arrive qu’à la place d’un banquet, la maiko ou geiko doive accompagner un client spécifique dans une sortie, un restaurant ou encore un bar selon le choix de ce dernier. Ce genre de sortie peut même s’organiser en journée. 

En général, les maiko disposent de deux jours de congés réels dans le mois. Elles sont ainsi autorisées à aller faire des emplettes en ville par exemple. Il leur est cependant interdit de rentrer dans une supérette ou une chaîne de restauration rapide… question d’image ! Les geiko, elles, disposent de leur emploi du temps comme elles l’entendent et sont ainsi bien plus libres. Elles peuvent prendre plus de congés et se rendre dans les qu’elles veulent plus facilement. 

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Deux maiko se rendent à une maison de thé

De nos jours, est-ce que c’est un métier qui attire encore beaucoup ?

Le métier de geisha a connu un déclin sans précédent une fois la deuxième guerre mondiale terminée. A Kyoto, leur nombre est passé de plusieurs milliers avant-guerre à environ 250 aujourd’hui. Les réalités économiques et sociales du Japon moderne ont percute de plein fout et ce petit monde un peu fermé, qui a parfois totalement disparu dans certaines villes japonaises. Les Japonais se sont désintéressés de cette tradition, qui plus est réservée à des gens suffisamment fortunés, ce qui est moins évident dans une société avec une forte classe moyenne. La tendance est aujourd’hui en train de s’inverser très lentement bien que les proportions restent très faibles par rapport à l’age d’or des geisha d’avant-guerre. Par exemple, bien que le nombre de geiko à Kyoto soit toujours a l’équilibre depuis une dizaine d’années. de plus en plus de jeunes filles tentent de l’aventure car elles ont plus facilement accès à des informations sur la vie de maiko via les médias et les réseaux sociaux. Le métier peut parfois être considéré avec méfiance par les parents, mais il jouit d’une certaine popularité – toute relative – ces dernières années auprès de collégiennes des quatre coins du pays.
Cependant, il faut souligner que si chaque année voit naître de nouvelles maiko, beaucoup abandonnent leur carrière en cours de route ou choisissent de ne pas devenir geiko après leur apprentissage. Le nombre de jeune geiko à Kyoto est donc proportionnellement assez faible actuellement.

 

Est-ce qu’il y a un âge de retraite ? Les veterantes ont-elles toujours autant de succès ou est-ce qu’elles ont un rôle particulier ?

Théoriquement, il n’existe pas d’âge de retraite. On est geisha « à vie » à partir du moment même où on le devient. Dans le quartier de Kamishichiken à Kyoto, la geiko Katsukiyo s’est produite sur scène presque jusqu’à sa mort à 88 ans. On dit parfois que les geisha sont mariées à leur profession ; une partie des femmes qui la quittent le font justement car elles souhaitent se marier avec quelqu’un. On peut a vrai dire quitter ce métier quand on le souhaite, s’il ne correspond plus à ce que l’on recherche ou si l’on a un nouvel objectif en tête.
Une geiko aguerrie sera considérée avec le respect qui lui est dû. Si elle est tachikata, elle obtiendra souvent des solos de danses lors des grands spectacles publics du printemps et de l’automne. Si elle est jikata, elle sera vraisemblablement très demandée pour accompagner ses cadettes à divers banquets ou événements. Elles peuvent être appelées à assumer de grandes responsabilités ;  les présidentes des associations de geiko de chacun des cinq quartiers de Kyoto sont des geiko ayant accumulé un grand nombre d’années d’expérience.

 

Avec le temps, est-ce qu’il y a des choses qui ont changé ou évolué dans le rôle des geisha ou leur façon de vivre ou par rapport aux autres personnes ? 

Le monde des geisha a bien sur du évoluer pour s’adapter à la société actuelle. Si les communautés de geisha subsistent dans un grand nombre de villes (Tokyo, Atami, Kanazawa, Nagoya, Tokushima, Osaka, Nagasaki pour n’en citer que quelques unes), nombreuses sont celles qui ont cherché à s’adapter pour survivre. Dans certaines quartiers de Tokyo, par exemple, une geisha peut tout à fait avoir un travail principal dans la journée et être geisha une fois le soir venu. Le métier devient ainsi plus compatible avec un mode de vie plus actuel et attire régulièrement de nouvelles recrues, bien que cela soit en petit nombre à chaque fois. Cela n’est pas envisageable à Kyoto, où l’on doit être entièrement dévouée à sa carrière d’artiste, mais on y perçoit malgré tout des évolutions : si leur style de vie reste farouchement traditionnel, les maiko et les geiko arborent une nouvelle image d’ambassadrices de la culture japonais et participent à un plus grand nombre d’événements publics que par le passe. De plus en plus d’hôtels ou de restaurant proposent des soirées avec une maiko pour les touristes, un concept assez différent du traditionnel banquet exclusif qui constitue leur gagne-pain principal d’ordinaire. Dans certain quartier, on propose même de plus en plus aux enfants des ateliers de découverte de la danse ou des instruments qui font partie de la vie d’une maiko ou geiko. Cela me donne l’impression qu’on essaye de (re)créer des liens entre un monde traditionnellement séculaire et le reste de la société. 

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Je sais que ce n’est pas bien de les importuner quand on les croise, mais sinon, comment peut-on les approcher ?

Le tourisme de masse rend effectivement la vie dure aux maiko et geiko de Kyoto. Le quartier de Gion notamment est assailli chaque jour par une foule de visiteurs qui cherchent à voir des geisha coûte que coûte, avec parfois des comportements déplacés voire dangereux.
Pour apprécier leur compagnie « à sa juste valeur », il existe aujourd’hui une multitude d’options. On peut aller les voir danser lors d’événements publics ou de festivals gratuits comme le Gion Matsuri. Les cinq quartiers de Kyoto donnent des spectacles de danse chaque année au printemps et en automne accessibles à tous. Pour des moments privilégiés, il existe même des restaurants qui organisent des cérémonies du thé ou de petits banquets pour touristes avec une ou plusieurs maiko. Et bien que tout cela ait un prix plus ou moins important, c’est la meilleur façon de les admirer de près.

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Deux maiko interprétant une danse lors du festival Higashiyama Toro.

As-tu déjà rencontré une geisha ?

Comme je l’ai raconté plus haut, ma première rencontré a eu lieu en 2012. Depuis, j’ai eu trois ou quatre occasions de parler avec des maiko ou geiko. Cette année, en mai, j’ai même pu participer à un banquet avec deux d’entre elles, et quelques semaines plus tard j’ai eu la chance de passer une heure privilégiée avec une maiko en tant que « vraie » cliente. Inutile de dire que j’avais des étoiles plein les yeux.

Aurais-tu un rêve ?

J’ai toujours la tête remplie de rêves en permanence alors je n’aurais jamais fini d’en faire la liste… Je vais choisir celui qui se réalisera peut-être dans un futur proche :  me produire sur scène dans un spectacle de danse traditionnelle japonaise.

Reviendras-tu au Japon ? 

Pour réaliser le rêve dont je viens de parler, je compte revenir au Japon en 2021 afin de me perfectionner en dance. Je ferai le maximum dans ce but !

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Merci beaucoup Emilie de nous avoir accordé un peu de ton temps et d’avoir partagé ton savoir. C’était vraiment très intéressant et j’ai à nouveau appris de nombreuses choses. De plus, à chaque fois que je t’écoute parler des geisha, je vois tes yeux pétiller et je sens ce feu qui t’anime, tu es si captivante que je bois tes paroles tellement c’est passionnant ! Rien que pour ressentir cette passion, je pense que le format podcast aurait été parfait pour transmettre cette flamme aux lecteurs.
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Kobe Winery, du vin made in Japon

Ce mois-ci, lors d’une excursion avec les Kobe PR Ambassador, j’ai découvert un nouvel endroit à Kobe, l’exploitation viticole de Kobe Winery qui se situe à 30min de route depuis le centre de Sannomiya. Cependant cet endroit n’est pas que pour les amateurs de vin, en effet il y a aussi un espace barbecue et jeux pour les enfants. Etant Française, les Japonais pensent que je bois du vin à chaque repas et que je m’y connais, alors que ce n’est pas du tout le cas. Je ne m’y connais pas du tout et je n’en consomme que pour des occasions. Cependant j’avoue préférer le vin blanc au rouge et venant d’Alsace, j’aime particulièrement le Riesling, le Pinot Gris et le Gewurztraminer. Les villages alsaciens sont connus pour les vignes et voir celles-ci m’a rendu un peu nostalgique.

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Kobe Winery a vu le jour en 1983 et possède actuellement des vignes éparpillées dans divers endroits de Kobe. Ils produisent principalement cinq sortes de raisin afin de faire du Merlot et du Cabernet Sauvignon en vin rouge et du Chardonnay, du Riesling et du
Shinano Riesling en vin blanc. Le Shinano Riesling fut créé uniquement par Kobe Winery, il s’agit d’un hybride de Chardonnay et de Riesling. En 2007 il gagné le prix Gold au Japan Women’s Wine Awards qui est la première compétition internationale de vins au Japon dont les juges sont uniquement des femmes.

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Vendangeurs du jour, on nous a d’abord expliqué comment bien choisir les grappes de raisin. Puis munis de gants et d’un sécateur nous nous sommes exécuté dans les vignes d’un futur Chardonnay. Observant de près ce précieux cépage, c’est avec la plus grande délicatesse qu’il fallait les déposer dans le cageot. Les grappes abîmées ou d’une mauvaise couleur, elles, rejoindront le composte. 

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Ensuite, suivant la destinée de ce goutu nectar, direction la distillerie. L’entrepôt doit être maintenu au frais et les cuves de fermentation sont constamment arrosées d’eau froide. Dans les tonneaux, le vin prend doucement vie. Les bulles que nous voyons dans la fiole indique que la fermentation est en plein travail.

Puis vient la phase finale, le moment de la dégustation. Nous avons eu droit à un jus de Cabernet Sauvignon, un jus de fermentation de Chardonnay, le shinano riesling et le vin rouge nommé Select red. Comme je m’en douté, j’ai préféré le vin blanc au rouge et à ma grande surprise, le jus de fermentation était meilleur que je ne l’aurait pensé.

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C’était une chouette expérience, c’était vraiment intéressant d’apprendre des choses et du goûter du vin japonais pour la première fois. Je sais que je n’y serai jamais allée de moi-même donc je suis contente que nous y soyons aller. Ainsi si vous aimez le vin ou être curieux, je vous recommande fortement d’y faire un saut.

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Musée Cup Noodles d’Osaka

Voici un musée consacré aux nouilles instantanées et à leur inventeur, Momofuku Andō. Il est situé à Osaka, à environ 5min à pieds de la gare d’Ikeda. On y découvre l’histoire de leur création, on peut voir l’évolution des emballages à travers les années et selon les pays. Via cette carte on peut aussi constater le taux de consommations de nouilles instantanées dans le monde avec en tête d’affiche, la Chine, l’Indonésie et le Japon. 

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C’est après la seconde guerre mondiale que cette révolution alimentaire vu le jour. Le Japon manquait de vivres et l’état recommandait donc de consommer du pain, qui leur été fourni par les Américains, or Ando trouvait cela illogique car les Japonais sont plus habitués à manger des nouilles. Malheureusement à cette époque, les entreprises de nouilles étaient petites et n’auraient apparemment pas pu réussir à répondre à la demande. C’est ainsi que Ando décida de lui aussi produire des nouilles et finalement après des mois de tentatives, c’est en 1958 qu’il inventa les nouilles instantanées, les chicken ramen. Cependant ce n’est qu’en 1971 qu’il commença à vendre des cup noodles. Pour en savoir davantage, vous pouvez regarder le drama Manpuku qui relate cette histoire.

On peut visiter gratuitement le musée, cependant il faut payer 300 yens pour réaliser sa propre cup noodle. On achète le pot, on le personnalise selon ses envies avec des feutres puis on peut choisir quatre ingrédients et la soupe que l’on souhaite ajouter aux nouilles instantanées. Ensuite on ferme, plastifie et c’est fini ! A consommer de préférence avant 1 mois.

Il est également possible de faire ses propres chicken ramen en commençant des la confection des nouilles ! Mais pour cela il faut réserver à l’avance, et concernant les enfants, il faut avoir minimum 6-7 ans.

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Au quotidien je ne mange pas de nouilles instantanées, mais c’était tout de même intéressant de connaitre l’origine des cup noodles car cela fait partie intégrante de la culture japonaise. J’y suis allée avec mon fils et il a beaucoup aimé pouvoir personnaliser et choisir les ingrédients au point qu’il a voulu déguster ses nouilles le soir même. Itadakimasu !

Et vous, vous en avez déjà mangé ? vous aimez ?